26 avril 2007

Un acte courageux

Nous avons vécu hier un acte politique des plus courageux... et je l'espère fondateur.

François Bayrou a en effet annoncé son intention de ne soutenir aucun des deux finalistes aux présidentielles. Et ma réaction est suscitée par les nombreuses réactions que je lis et entends depuis hier.

bayrou_riomphant_1D'aucuns vilipendent cette annonce comme une non-annonce, un non-acte par lequel le candidat démocrate se renie. Bien évidemment ces propos sont majoritairement tenus par des membres de l'entourage de Nicolas Sarkosy. Ce même entourage qui explique qu'aucune pression n'est faite sur l'UDF et que seule l'ouverture compte. Pour déclarer ensuite que oui, bien évidemment, si l'UDF ne soutient pas ouvertement Sarkosy, l'UMP se mettra en branle et présentera des candidats aux législatives dans chacune des circonscriptions pour laquelle l'UDF se lancera. "Si vous n'êtes pas avec moi vous êtes contre moi".

Rappelons que le projet de François Bayrou a vocation d'exister et ne saurait être à la botte de telle grande puissance de droite ou de gauche. Car à force d'être aféodé au RPR puis à l'UMP, l'UDF a fini par quasiment mourir. Ce projet a réuni plus de 18% des électeurs au 1er tour des présidentielles. Ces 18% qui auraient pesé beaucoup plus lourd avec une participation normale.
Permettez moi de vous éclairer sur ce taux de participation exceptionnel. En 2002, nous avions vécu un séisme, dû à un vote protestataire d'émiettement, vote irresponsable. "Je vote pour untel, même si je ne souhaite pas le voir président mais ainsi ceux d'en haut vont comprendre le message". Résultat, Jacques Chirac faisait à peine 18% et Lionel Jospin ne passait pas.
En 2007, tous ceux qui avaient voté de la sorte en ont tiré les conclusions et ont donc voté "utile". Mais seulement eux ; en effet beaucoup des abstentionnistes d'alors ont culpabilisé et décidé de venir s'exprimer pour s'assurer que le candidat qui les mettait le moins mal à l'aise soit présent au 2nd tour. D'où ces scores anormalement élevés. Ce qui revient à constater que le report au 2nd tour sera bien moindre car ayant déjà eu lieu. Et ce même vote "utile" a justement barré la route à François Bayrou car beaucoup sont partis du principe qu'il ne passerait pas le 1er tour et que ce serait perdre du temps et des voix que de les lui donner.
Par ailleurs, sa percée en a affolé plus d'un qui se sont déjà reportés sur leur choix du second tour pour lui faire barrage.

Alors en quoi son annonce d'hier est-elle courageuse, et pas un "ni-ni" comme l'annoncent quelques affolés par cette percée qu'ils craignent de ne pouvoir contrôler?
François Bayrou s'est montré complétement cohérent avec son discours de campagne. Son "Projet d'Espoir" marque une rupture avec ce qui se dit et ce qui se fait et il avait à l'envi expliquer que ni Nicolas Sarkosy ni Ségolène Royal ne portaient de futurs meilleurs dans leurs catalogues de mesures (notez que je n'emploie pas le terme projet ni programme, puisqu'ils n'en ont pas et les font fluctuer - l'une plus que l'autre - au gré des sondages).
Il ne pouvait décemment se rallier à aucun d'eux. Comme tous ceux de mon entourage qui ont vécu de dimanche 22 avril comme une impasse en se voyant proposés 2 finalistes qui font figure d'épouvantails et de non-choix.
Il eut pourtant été facile de négocier son soutien s'il était comme on le dit "avide de pouvoir". Facile d'être Premier Ministre de l'un des deux gouvernements.
Il est plus inconfortable et donc courageux que de poursuivre son action en laissant ses électeurs voter en conscience mais en relayant leur sentiment d'êtres dupés par ce 2nd tour d'opérette qui va nous offrir 5 ans de régression, quoiqu'il advienne.
Il est courageux de vouloir rompre avec les liens du passé qui restaient par ce nom - UDF - vestige de VGE et trop associé à un soutien forcé au RPR puis à l'UMP. Au risque de perdre quelques notables au passage qui par peur pour leurs postes se rallient à la bannière du candidat Nicolas.

Je souhaitais vous éclairer aussi au passage sur une info qui m'a particulièrement intéressé : la stratégie de l'UMP par rapport à l'UDF. Rappelons nous d'abord que l'UMP (Union pour la Majorité Présidentielle en 2002 avant de muer en Union pour un Mouvement Populaire) avait tenté alors d'annexer l'UDF purement et simplement. Devant le refus présenté, des postes ont été proposés au compte-gouttes à certains membres de l'UDF pour les attirer et les sortir de leur dépendance à leur parti en les afféodant à l'UMP.
Aujourd'hui, l'un des membres de la campagne de Nicolas Sarkosy a expliqué qu'ils avaient deux options pour leur OPA sur l'UDF. Option numéro 1 : avec tous les députés ralliés, reprendre l'UDF de l'intérieur et en déloger Bayrou ; problème : les statuts sont hyper-verrouillés et ce sera quasi-impossible. Option numéro 2 : créer un courant centriste au sein de l'UMP et faire jouer les sirènes des circonscription offertes, pour afficher une pseudo-ouverture vers le centre.

Autant dans ces stratégies qui tiennent de la magouille, que dans le muselage de ténors du PS qui sont des sociaux-démocrates mais qui sont surtout tenus par l'appareil par la plus élémentaire des menaces - la survie politique - je trouve des raisons de souhaiter la fin des clivages actuels. Clivages partisans plutôt que de projets. Et pour cela, il faut un centre puissant, qui puisse dire "oui" ou "non" indépendamment de qui est au pouvoir mais bien en fonction du projet lui-même.
Faire de la politique pour le bien de tous. Pas pour son bien à soi.
Je souhaite que le futur parti démocrate puisse justement continuer de faire tomber les barrières artificielles et être rejoint par des hommes et des femmes qui auront une vraie volonté de rénover. Et qui sont proches sur beaucoup plus de points qu'on ne le laisse croire.

Attention cependant à ne pas faire de ce nouveau parti un tremplin pour les ambitions des uns ou des autres, ambitions qui ne trouvent à date pas de place au milieu des egos du PS ou de de l'UMP...

HP76.

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